Suivre le rétablissement des moules dans la rivière Ausable en Ontario

Novembre 2007

moules d'eau douce

Peu de personnes savent que les moules d'eau douce sont l'espèce aquatique la plus menacée de la planète. La moule est un véritable « canari dans une mine charbon ». Elle a besoin, entre autres, d'une eau de qualité pour se développer : sa présence ou son absence est donc un indicateur clair de la santé de la rivière ou du lac où elle vit. Malheureusement, les moules d'eau douce sont en train de disparaître des lacs et des rivières de l'Amérique du Nord.

La rivière Ausable, qui serpente à travers certaines des meilleures terres agricoles du Canada, près de London dans le sud-ouest de l'Ontario, est remarquable pour la diversité des espèces qu'elle abrite. En fait, elle est l'un des plus riches bassins hydrographiques du pays, compte tenu de sa superficie. Vingt-six espèces de moules y vivent, mais six d'entre elles sont considérées comme des espèces en péril, cinq étant des « espèces en voie de disparition » et une « espèce menacée ». Plus important encore, bon nombre des espèces en péril dans la rivière Ausable ne se retrouvent qu'à quelques endroits au Canada, et plusieurs sont rares à l'échelle mondiale.

L'équipe de rétablissement de la rivière Ausable a été formée en vue d'élaborer et de mettre en oeuvre une stratégie de rétablissement qui assurerait la survie des espèces en péril dans la rivière. Coprésidée par l'Ausable Bayfield Conservation Authority (ABCA) et le ministère des Pêches et des Océans (MPO), cette équipe compte d'autres partenaires comme le gouvernement de l'Ontario, Environnement Canada, le Musée royal de l'Ontario, des conseils d'intendance environnementale de comté et trois universités (Lakehead, Guelph et Windsor). L'une des plus grandes priorités de l'équipe était la mise en oeuvre d'un programme de surveillance à long terme visant à évaluer les populations actuelles de moules et leur diversité dans tout le bassin hydrographique de la rivière Ausable.

L’étude a permis d’arriver à des résultats autant fascinants qu’encourageants. L’épioblasme ventrue espèce considérée en voie de disparition, a effectivement disparu de 95 % de son aire de répartition en Amérique du Nord, et l'on pensait que seulement trois populations reproductrices étaient encore présentes dans le monde. Maintenant, on sait qu'il en existe une quatrième, car l'étude a révélé la présence de juvéniles de cette espèce dans la rivière Ausable, signe d'une reproduction récente. Une autre espèce de moule en voie de disparition, l'épioblasme tricorne, a été retrouvée en nombres beaucoup plus élevés que prévu. Des études antérieures n'avaient permis de trouver qu'un seul spécimen d'épioblasme tricorne. Une autre nouvelle aussi bonne concerne la lampsile fasciolée, également considérée comme une espèce en voie de disparition. La population de cette espèce était en bien meilleure situation que prévu initialement, comptant des individus vivants alors qu'auparavant, on n'avait signalé que la présence de coquilles.

En effet, les nombres indiquent que la densité de certaines espèces en péril dans la rivière Ausable est plus élevée que dans la rivière Sydenham, qui est généralement considérée comme étant la principale rivière au Canada abritant des espèces de moules en péril, et réputée pour sa grande diversité d'espèces en général. La rivière Ausable recèle des trésors de biodiversité, ce qui en fait un bassin hydrographique d'importance nationale pour la préservation des moules d'eau douce indigènes.

L'étude sur les moules de la rivière Ausable n'est pas seulement un rappel frappant de l'interdépendance des éléments de l'écosystème; elle souligne aussi l'efficacité des partenariats entre les scientifiques et les défenseurs de l’intendance environnementale pour la préservation de la biodiversité.